Réflexions, propositions pour l'après crise en Maurienne

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Revue externe


  • Et maintenant ?
  • Publié le 26 janvier 2021
  • Eric Bouchet
  • DG chez OT les 2 Alpes

La saison blanche est aujourd'hui une quasi-certitude. Le tourisme (de montagne) n'est pas jugé plus essentiel que la culture, les loisirs, le sport ou les restaurants. Si les prochains mois vont être ceux du sauvetage économique et social de territoires en immense difficulté, que faire ensuite ? Comment penser l'avenir ?

Survivre. Evidemment survivre dans un premier temps, demander de l'aide, des aides à des administrations qui ne connaissent pas les réalités des stations. La mobilisation devra être forte. Elus, professionnels, syndicats corporatistes, propriétaires, institutions touristiques, simples habitants, nous devrons tous nous mobiliser, chiffres à l'appui pour convaincre l'Etat de la situation catastrophique de nos territoires

Agir pour la vaccination. Il faudra ensuite se mobiliser pour les vaccins, car un scénario catastrophique est possible pour l'hiver 2021/2022. Un scénario dans lequel la France peine à vacciner sa population. Entre la faillite de la commande publique d'une part, déjà mise en défaut pour les masques les réactifs et maintenant les vaccins, et des français potentiellement réfractaires d'autre part, la France pourrait ne compter que 10 millions de personnes vaccinées fin avril. Avec le retour des beaux jours, l'épidémie commencera son reflux estival. Les chiffres de contamination baisseront comme ceux des lits de réanimation occupés ou ceux des décès. Des cas de mortalité ou de personnes touchées par d'importants effets secondaires seront montés en épingles par les chaines d'information continue et les réseaux sociaux. Et les français trouveront là le prétexte pour repousser la date de leur vaccination. En octobre novembre, tout recommencera. La pandémie repartira à la hausse à grand coup de variantes, chaque pays produisant bientôt la sienne. Les étrangers se reporteront vers des destinations aux populations vaccinées et l'Etat n'arrivera pas à vacciner 40 millions de personnes en 2 mois. Rappelons que le délai entre deux doses a été porté à 6 semaines, qu'il faut ensuite attendre 3 semaines avant d'être immunisé, ce qui porte à plus de 2 mois et demi le délai entre la première dose, et un déplacement touristique. Rien n'est donc gagné pour noël 2021. Il faudra se mobiliser pour la vaccination de toute la population cet été, malgré les incertitudes, les lourdeurs administratives, et peut être les premiers décès. A ce titre, les centres de test mis en place dans les stations pourraient être transformer en centre vaccination pour vacciner les vacanciers pendant leur séjour cet été en montagne.

Vers des Etats Généraux des stations de montagne. Dans le même temps, il faudra regrouper nos forces pour parler d'une seule voix à un Gouvernement sans ministre du Tourisme... Il faudra faire valoir nos spécificités, nos forces comme nos faiblesses pour convaincre l'Etat d'une aide massive pour les stations de montagne. Encore faudrait-il que les visions des acteurs de la montagne convergent, que les discours s'unifient et décrivent un avenir commun. Les Maires, les exploitants de remontées mécaniques, les moniteurs de ski, les constructeurs de matériel de montagne, la Fédération Française de ski vont devoir se parler au sein de ce que l'on pourrait appeler des Etats Généraux des Stations de Montagne, et se poser la question : que sera le ski dans 10 ans ? Dans quelles stations voulons-nous vivre demain ? Quel optimum économique et social (niveau de fréquentation, saisonnalité, fiscalité, consommation, emploi, formation, immobilier, terroir, etc.) viser, pour concilier qualité de vie et tourisme, aménagements et respect de l'environnement, économie et emploi. Si trop de visions apparaissaient comme divergentes, le discours des montagnards ne pourrait être entendu... ni compris.

Un plan de relance tourisme montagne. Objectif des Etats Généraux des Stations de Montagne, un plan massif de développement devrait être défendu pour soutenir un secteur particulièrement touché par la crise du COVID. S'appuyant sur un financement exceptionnel, il devrait être à la fois économique avec le soutien à l'activité ski (remontées mécaniques, neiges de culture, réserves collinaires, etc.) mais aussi des aides à la diversification été/hiver ; environnemental (mobilité vers les stations et à l'intérieur des stations, rénovation des hébergements touristiques notamment pour une plus grande sobriété énergétique, etc.) ; et social (allongement des saisons, statut des saisonniers, logements sociaux, etc.). Ce plan pourrait s'accompagner d'une réflexion en profondeur sur la fiscalité locale pour à la fois simplifier les perceptions des taxes, mieux les adaptées aux réalités locales, et élargir le nombre de contributeurs aux efforts collectifs, aujourd'hui en grande partie réduits aux remontées mécaniques et aux mairies.

Vers une loi Station de Montagne. L'ensemble de ces travaux devraient être traduits dans une "loi Station de Montagne" qui consacre la spécificité des stations de montagne en termes d'aménagement, de fiscalité, de procédures administratives, de gouvernance, etc. Il s'agirait bien ici d'un texte dédié aux "stations de montagne" et non à la Montagne en général, car les impératifs, les obligations, et les exigences ne sont pas les mêmes. Les stations sont des espaces particuliers de la montagne, elles ne sont pas LA montagne. A envisager celle-ci comme un tout, au prétexte que l'altitude y est supérieure à 400m, le législateur tend à associer dans une même spécificité des espaces naturels, des villes, des espaces de loisirs et des terrains agricoles. Les stations de montagne ne retrouvent pas la spécificité qui est la leur. Là aussi, ce travail nécessiterait la mobilisation de tous les élus de montagne pour traduire à l'Assemblée Nationale le besoin des stations de disposer des clefs juridiques de leur avenir.

Les crises, accélératrices de changements. Toutes les crises se traduisent par des changements de modèle. Par la rupture qu'elles imposent, elles amènent à vouloir des mondes d'après différents et accélèrent l'histoire en imposant des évolutions rapides. Si les stations de montagne ne veulent pas subir ces évolutions, si elles veulent rester maitre de leur avenir, à elles de le réinventer.